| Radicale
géométrie
Nous, Suprématistes,
étions des enfants désobéissants.
Kazimir Malevich
Les images fantasmées, l’émotion du moment,
qui éveillent le jeu des désirs de mode, sont pétries
des courants artistiques qui les ont précédées.
Les arts décoratifs, la peinture, la sculpture nourrissent
la fantaisie de la création. Ainsi, Alexis Mabille s’enthousiasme
pour l’école suprématiste de Malevich et intègre
la classe des enfants désobéissants, se réservant
quelques récréations chez Calder.
Cette collection propose une essence de modernité géométrique
pour transcender une vision actuelle de la féminité.
Alexis repense les coupes, couleurs, matières, silhouettes
pour assouvir ce désir. Le corps féminin est réétudié
graphiquement et la construction des vêtements suit avec énergie
la rigueur géométrique : chemises, jupes, pantalons,
pulls, tailleurs optiquement moitiémoitié, coupés
verticalement au centre ; robes ou tops taillés tube, carré,
rectangle ou trapèze ; ponchos coniques et robes qui s’évasent
en ondulant ; empiècements des jupes ou pantalons en lignes
zigzag ; incrustations en demi-cercles ou bandes croisées
; encolures V ou ligne bateau… Les poches sont souvent carrées
et les manches tube. Des effets d’asymétries et de
dissymétrie, des coupes damier, croix, ou V en queues d’hirondelle,
s’intercalent.
A cette géométrie volontariste s’associe logiquement
le dynamisme des couleurs primaires. Les rouges sont vermillon
ou carmin. Ils glissent vers les roses fuchsia et lipstick. Le
bleu cobalt tranche avec le jaune citron. Le gris graphite, le
noir, le blanc pur, contrastent les couleurs ou accentuent la
force des formes.
Les matières sont précisément choisies pour
servir la rigueur des coupes et l’adapter à la réalité
voluptueuse du corps féminin. On privilégie le franc
drap ou le malléable jersey de laine, la sècheresse
de l’organza d’hiver, la netteté chic du crêpe
marocain mat ou princesse brillant, le tombé du Casimir,
le cassant éclatant du satin duchesse…
Alexis Mabille utilise ces lignes impératives et couleurs
joyeuses pour astucieusement exacerber la silhouette féminine
: les bustes toujours serrés servis par des tissus gainant,
les formes galbées et étirées, les manteaux
redingote ou longues robes sirène, les jupes mini ou crayon,
les pantalons slim, les transparences, les nœuds généreux
au décolleté ou en bas des reins, les épaules
dénudées…
Ludique, le designer se permet des associations de formes et de
teintes étudiées qui idéalisent à l’extrême
les apanages de la sensualité féminine, souvent en
découpes et jeux de couleurs trompe l’œil : tailles
de guêpe étranglées, bustiers aux côtés
évidés, robes courtes virevoltantes, hanches, épaules
et buste en transparences. La bordure d’une veste est redécoupée
aux formes d’un grand nœud vertical dévoilant
ainsi plus de peau. Une petite robe à danser présente
même deux maxi-roses pliées origami sur les seins.
Cette collection, et la gamme complète d’accessoires
qui s’y associe, affirment une sophistication moderne, et
toujours sexy ! |
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